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Loin des yeux

Ce que vous verez du 103-109 rue de Bayeux. Crédit : Auriana Langlois.
Ce que vous verez du 103-109 rue de Bayeux. Crédit : Auriana Langlois.

 Du 103 au 109 de la rue de Bayeux à Caen, des immigrés, des expulsés, des expulsables, des enfants… cohabitent pour le meilleur et pour le pire, parce qu’ils n’ont nulle part où aller. Des militants les accompagnent dans leurs démarches et leur vie quotidienne.

Petite visite dans les murs de ce squat.

Il existe à Caen une communauté cachée.

Des immigrés, des sans-abris, des sans-papiers, et des militants. C’est un endroit où il est question d’AG, de comité de lutte, de commission action. Deux fois par semaine, en assemblée générale, ils s’organisent, des informations sur le mouvement jusqu’à la vie quotidienne. Quand ils ne s’engueulent pas copieusement.

Derrière la porte en bois à la poignée de corde, sa cache une grande pièce avec du mobilier de récupération, des canapés confortables, où sont enfoncés quelques personnes, leurs ordinateurs portable datés sur les genoux. Le faux plafond en polystyrène laisse imaginer qu’ici, avant, il devait y avoir des bureaux. Ça sent bon la nourriture exotique. Un mur entier est couvert de casier en bois, plein de matériel divers, de tracts, de coupures de presses alternatives, des règles de vie en commun… Et près de la porte d’entrée, un panneau « LEURS MErDIAS ». Ce coup là, on ne l’a pas vu venir. À vrai dire si, un peu. Même si c’est un vocabulaire plus utilisé du côté de l’extrême autre bord de l’échiquier politique, les militants qui entretiennent ce lieu offrent rarement des fleurs aux journalistes.

Une femme brune, qui maîtrise mieux le français, accueille les gens de passage.

Toutes les précautions sont prises. Évidement, il n’est pas question de diffuser les noms des gens qui vivent ici. Ils sont en situations difficiles, voire périlleuses. Certains n’ont pas le droit d’être là, ils sont sans-papier. Bien sûr, jamais une image ne sera dégradante ou inesthétique, et tout le monde peut refuser d’être pris en photo. Ils peuvent avoir confiance.

On veut juste raconter leur histoire en image. Pour sortir – ou non – des clichés, ou pire, de l’indifférence générale.

Vous ne saurez pas combien de personnes vivent ici, à cause de qui, pourquoi ou depuis quand. Vous ne saurez pas comment ils vivent en communauté sans l’avoir choisi, et en ne parlant pas toujours la même langue.

Vous ne connaîtrez pas l’histoire de ce jeune mongol qui parle si bien Français, vous ne saurez pas comment cette petite fille vit dans cette communauté (alors que là, en pleine assemblée générale, elle veut juste qu’on lui raconte Blanche Neige là ! Parce que la réunion ça la barbe).

Parce que le couperet est tombé de la bouche d’un militant libertaire, le ton de plus en plus agressif « Ce blog, même s’il est apolitique, il parle de politique ! Et pour finir je conseille à tous les membres de la communauté de ne jamais se faire prendre en photo ».

C’est sûr qu’ils ont leur mot à dire, les immigrés. Mais avec un tel jugement, ils ne risquent pas de se lancer dans l’aventure. Ils font confiance à ces gens qui les aident. Ils finissent par croire dur comme fer que les policiers regardent avec attention la moindre photo, pour venir les arrêter dès qu’ils auront mis un pied dehors.

Seule solution pour être « accrédité » : donner l’adresse du blog, pour que les militants puissent juger sur pièce. Les personnes maîtrisant mal le français et les enjeux politiques ne pourrons de toute façon pas donner un avis éclairé.

Il existe à Caen une communauté cachée, dont vous ne pourrez rien savoir de plus.

Le logement est un des grands enjeux de cette campagne municipale, où la guerre des chiffres bat son plein. En 2007, le nombre de logements vacants était estimé autour de 3000. Le 103-109 rue de Bayeux est de ceux-ci. En septembre, après avoir été chassé du 202 de la même rue, les habitant du squat ont poussé la porte de ce grand bâtiment, où les cloisons ont été abattues pour faire des bureaux.

Ils disent être une cinquantaine – dont sept enfants scolarisés dans les écoles près de chez eux.

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2 commentaires Écrire un commentaire
  1. A. #

    « C’est sûr qu’ils ont leur mot à dire, les immigrés. Mais avec un tel jugement, ils ne risquent pas de se lancer dans l’aventure. Ils font confiance à ces gens qui les aident.  »
    S' »ils » font confiance à ces gens qui les aident et pas aux journalistes, il y a bien une raison. Enfin, par rapport aux me(r)dias, ils n’ont pas forcement besoin d’avis.

    « Ils finissent par croire dur comme fer que les policiers regardent avec attention la moindre photo, pour venir les arrêter dès qu’ils auront mis un pied dehors. »
    Oui, les flics regardent avec attention la moindre photo. C’est un fait. Dont vous êtes parfaitement au courant. Prétendre le contraire est complétement irresponsable (mais qu’en savez-vous des responsabilité après tout?)

    « Les personnes maîtrisant mal le français et les enjeux politiques ne pourrons de toute façon pas donner un avis éclairé. »
    Parce qu’il faut maîtriser le français pour avoir un avis éclairé? Voyons… Quant aux enjeux politiques, depuis un an de lutte (leur lutte, pas la votre), ils/elles les maîtrisent assez bien. Et ils n’ont pas fini de vous étonner, ces « petits pauvres gens maitrisant mal le français ».

    « Il existe à Caen une communauté cachée, dont vous ne pourrez rien savoir de plus. »
    Vous rigolez là? Une communauté cachée? Avec les manifestations hebdomadaires depuis un an? Des actions? Un bulletin périodique? 3 squats et plusieurs occupations depuis 11 mois?
    Communauté cachée, vous dites? Communauté surtout ignorée des médias. Ouest-France qui préfèrent donné une page à une manif réac et facho qu’à la manifestation de cette communauté qui NE SE CACHE PAS qui a eu lieu en même moment. Liberté qui truque les vrais chiffres donnés au journaliste et arrange à sa sauce l’occupation du Calvados Habitat au mois de juillet dernier. Etc, etc.

    Qui laisse les médias entrer chez eux, les photographies dans la vie quotidienne etc?! Si ça arrive d’une personne lambda, on s’en fiche, mais quand ça arrive d’une communauté en lutte, il y a forcement des choses « cachées ». Il n’y a rien de « caché » dedans, c’est du bon sens tout simplement.

    « On veut juste raconter leur histoire en images. »
    Parce que, eux, tous seuls, n’en sont pas capables peut-être s’ils en avaient envie ?

    « dont vous ne pourrez rien savoir de plus » ???
    Encore une blague. Les AG et les manifestations sont libres et ouvertes à toutes et tous. Tout le monde est invité à en faire partie et apporter son soutien. Tout le monde peut en savoir tout. Même être témoin, voire participant-e des « engueulades » (que vous n’avez pas oublié de préciser, tellement on ne vous a pas donné l’accès à tout… marrant… y a aucun parti pris, non non).

    Soutien, j’ai dit. Et non utiliser la misère d’autrui pour un pseudo-journalisme et surtout se faire de l’auto-promotion.

    Militant pas libertaire du tout mais anti-cons, oui, assez.

    mai 17, 2014
  2. Boris #

    Oulah, toi on te sent un poil nerveux… Tu critiques les médias parce qu’ils n’en parlent pas, et quand ils en parlent, tu les traites de cons. C’est pas un peu paradoxal ? Et les journalistes qui tiennent ce blog ne sont en rien responsables de la une de Ouest France, si tu te renseignes un peu… Tu accuses les auteurs de ce blog d’avoir un « parti pris », mais quel parti ? Tu les connais ? D’après toi, il n’étaient pas venus là pour raconter et parler d’un sujet trop peu abordé dans les médias, mais pour espionner ? Soigne d’abord ta paranoïa et on en reparle après!
    Tu es totalement réac’ dans ce commentaire; le seul point sur lequel on s’accorde est le fait que cette communauté n’est pas si cachée que ça.

    mai 17, 2014

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