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La future BMVR est-elle justifiée ?

La future BMVR sur la presqu'île de Caen en 2016. Crédits : OMA
La future BMVR sur la presqu'île de Caen en 2016. Crédits : OMA

La future Bibliothèque Multimédia à Vocation Régionale de Caen (BMVR) accueillera en 2016 plus d’un million d’ouvrages sur 12 000 m² ouverts au public. Situé sur le bord du bassin Saint-Pierre, le futur ouvrage a un coût : 33 millions d’euros HT (soit 39,6 millions d’euros TTC). Certains s’interrogent sur l’utilité d’un tel projet, relativement à son coût pour les finances de l’agglomération Caen-la-mer. Qu’en est-il vraiment ?

Tout d’abord, il faut savoir que les BMVR ont émergé en France à l’aide d’un programme d’État qui dota dès 1992 douze villes de plus de 100 000 habitants de grandes bibliothèques centrales et multimédias. Les douze bibliothèques ont été construites de 1995 à 2003. La BMVR caennaise vient donc bien après ce programme de modernisation lancé il y a 20 ans, mais répond aux mêmes critères définis à l’époque :

  • Une collection de 250 000 ouvrages minimum
  • Une superficie d’au moins 10 000 m²
  • Un accès aux documents sur de multiples supports (multimédia)

La bibliothèque municipale actuelle aurait-elle pu suffire ?

Avec environ 2400 mètres carrés à la disposition du public, l’actuelle bibliothèque située en centre-ville ne répond pas forcément aux besoins d’une ville de 109 000 habitants et d’une agglomération de 242 000 habitants. Construite en 1970, la bibliothèque est aujourd’hui vétuste. Pour Noëlla Du Plessis, directrice de la bibliothèque de Caen : « son grand problème est lié à la façon dont elle a été conçue. » Premier point noir : il n’y a aucun accueil. Or, même si le lecteur doit être autonome, il doit pouvoir avoir des points de repère. Ensuite, les espaces sont très cloisonnés. « Le lecteur est obligé d’emprunter un parcours sinueux dans la bibliothèque », ajoute-t-elle. Une étude a été réalisée dans le but de décloisonner le bâtiment, mais le résultat de cette étude a démontré qu’aucun changement satisfaisant n’était possible. « C’est un bâtiment non-évolutif. » Par ailleurs, il convient de souligner que le bâtiment ne répond plus aux normes actuelles de sécurité et d’accessibilité pour les publics handicapés.

Autre aspect et non des moindres : le manque d’espace et de confort. La moitié du personnel ne dispose pas de bureaux et doit travailler sur des coins de tables. « Ces mauvaises conditions de travail sont pesantes pour le personnel. » Pour le public aussi, le manque de places assises est flagrant, en particulier aux heures de pointe, où de nombreux lecteurs sont assis à même le sol. En conséquence, le manque d’espace freine considérablement les acquisitions et les empêche d’héberger des expositions temporaires.

Fréquentation globale de la bibliothèque de Caen

2008 24 479 visiteurs
2009 23 755 visiteurs
2010 19 406 visiteurs
2012 18 921 visiteurs

Force est de constater que la fréquentation est en baisse ces dernières années. Noëlla Du Plessis pense que cette baisse est liée au manque d’attractivité de la bibliothèque : « Nous sommes déphasés par rapport à l’attente des lecteurs ». Malgré les efforts continus pour mettre à disposition des ressources en ligne ainsi que des liseuses ou des tablettes. Pour elle, il n’y a aucun doute : le bâtiment ne permet plus de répondre aux besoins du public comme du personnel. « Ici, tous les bibliothécaires attendent la nouvelle BMVR. »

Combien la BMVR va-t-elle coûter ?

Le budget initial voté en 2009 prévoyait 29,78 millions d’euros HT (soit 35,74 millions d’euros TTC) pour la maîtrise d’œuvre (la construction) et 4 millions d’euros de rémunération pour le cabinet d’architecte OMA, soit pratiquement 40 millions d’euros. Après des ajustements nécessaires, deux avenants au contrat ont été votés, portant la facture de la maîtrise d’œuvre à 33 millions d’euros HT (soit 39,6 millions d’euros TTC) et la rémunération des architectes à 4,5 millions d’euros. À cela doit s’ajouter le coût d’acquisition du terrain (3,7 millions d’euros). Le total atteint donc 48,3 millions d’euros.

L’acquisition du terrain, une histoire compliquée

Les terrains de la presqu’île appartenant à une société privée (la SARL RAVA France), la ville de Caen a obtenu du préfet du Calvados une déclaration « d’utilité publique » afin de pouvoir exproprier le propriétaire. La Ville a ainsi pu reprendre la possession de 22 466 m² de terrains sur la presqu’île afin d’accueillir la BMVR, le futur tribunal et le futur parc de 2 hectares. Les terrains ont coûté à la Ville 2 246 600 €. Caen-la-mer a ensuite racheté la parcelle destinée à accueillir la BMVR (5221 m²) au prix de 3.7 millions d’euros à la ville de Caen.

Le coût de la bibliothèque fait bondir certains élus de l’opposition. Lors de sa conférence de presse du 14 janvier, Joël Bruneau, candidat UMP aux municipales a énoncé sept grands principes. Dans le deuxième principe, il souhaite « dans la mesure du possible revenir sur les grands projets annoncés » : tramway, hôtel d’agglomération et BMVR. De plus, il : « Ne décidera d’un nouvel investissement qu’en connaissant les frais de fonctionnement qu’il générera sur 10 ans. » Pourtant, il serait difficile de revenir sur certains projets déjà entamés. La BMVR étant déjà en construction depuis juillet 2013, la Ville paierait plusieurs millions d’euros d’indemnités si elle rompait le contrat unilatéralement.

Pourquoi l’opposition parle-t-elle d’une facture de 61 millions d’euros ?

L’opposition fait référence à l’autorisation de programme votée pour la BMVR. Une autorisation de programme définit les crédits maximum que la collectivité peut engager sur un projet sur plusieurs années. Dans le cas de la BMVR, la « facture » de la construction est bel et bien de 44 millions d’euros et non de 61 millions. Le reste des crédits servira pour les coûts annexes compris dans le projet : acquisition du terrain, coût des études et du concours de maîtrise d’œuvre, achat du mobilier et de la signalétique et rémunération des architectes. Le bureau communautaire n’a autorisé les dépenses liées à la construction de la BMVR que dans la limite des 33 millions d’euros hors-taxes prévus par le budget. Le projet global est cofinancé par l’État, le Conseil général du Calvados, la Région Basse-Normandie et Caen-la-Mer :

  • État : 12,5 millions d’euros (soit 37.9 %)
  • Conseil général : 5 millions d’euros (soit 15.2 %)
  • Région : 3,4 millions d’euros (10.3 %)
  • FEDER (fonds européens) : en cours

Cela représente un total de 21 millions d’euros d’aide. La somme restant à payer pour l’agglomération caennaise s’élève donc à 39,86 millions d’euros, en attendant d’éventuels crédits européens.

 Quel bilan pour les douze autres BMVR en France ?

Ces graphiques établissent une comparaison entre l’actuelle bibliothèque de Caen situé place Guillouard, la future BMVR de la presqu’île et les douze autres BMVR construites en France entre 1994 et 2004 grâce au programme d’État sus-nommé. Les coûts retenus sont hors-taxe, hors rémunération des architectes et ne concernent que la construction des bibliothèques.

Note importante : le coût de la bibliothèque de Rennes est une estimation. La bibliothèque fait partie d’un complexe (comprenant notamment le musée de Bretagne) ayant coûté 100 millions d’euros. Si le coût de construction au mètre carré est à peu près égal entre la bibliothèque et le reste du complexe, la bibliothèque a coûté environ 34% du coût total.

Conclusion

L’intérêt d’un tel ouvrage et sa nécessité ne font guère de doutes au vu de la situation actuelle. Néanmoins, chacune des deux parties exagère à sa façon le dossier selon ses intérêts. D’un côté, le maire PS sortant Philippe Duron omet fâcheusement les coûts annexes de la BMVR en ne présentant que les 33 millions d’euros HT de la construction. De l’autre, Sonia de la Provôté (UDI) exagère la facture en oubliant les aides dont l’agglomération bénéficie. Enfin, le candidat UMP Joël Bruneau, dont le positionnement serait de renoncer à la BMVR, ne mentionne pas le coût d’une rupture de contrat pour la ville et avec comme résultat une « non-construction ».

Comment s’est déroulé le projet BMVR ?

Suite un appel d’offres, l’agglomération Caen-la-Mer a reçu 176 candidatures et en a retenu 5 pour le concours de la maîtrise d’œuvre. Un jury composé d’élus et de personnalités qualifiées a retenu l’architecte néerlandais Rem Koolhaas du cabinet OMA. Les cinq cabinets ont perçu 100 000 euros d’indemnité chacun pour leur projet. La rémunération du cabinet d’architecte OMA est déterminée en proportion du coût des travaux. Cette proportion, appelée taux de rémunération a été négociée à 13,61 %.
Ce qui porte la rémunération du cabinet OMA à 4 491 437 €.

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Un commentaire Écrire un commentaire
  1. Laumonier #

    la « facture » de la construction est belle et bien de 44 millions d’euros et non de 61 millions.

    La facture est  » BEL ET BIEN  »

    Dans le sens : entièrement, totalement, donc la locution adverbiale est invariable.

    Cordialement

    Luc

    juillet 24, 2015

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